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22/04/2008

70.000 $ pour que vive WNCU

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La semaine passée la radio universitaire américaine WNCU, que j'écoute grâce au streaming par le biais d'i-tunes, organisait son opération de fondraising. L'objectif fixé est de lever 100.000 dollars en l'espace de 10 jours. Cette opération qui a lieu environ tous les 6 mois est une expérience à vivre. Entre deux morceaux de mainstream jazz et une page d'info de NPR news, les animatrices et les animateurs, transformés pour l'occasion en véritable preachers, se surpassent au niveau de l'argumentaire commercial pour inciter les auditeurs à faire un don. Bien évidemment, celui-ci est tax-deductible pour les particuliers comme pour les entreprises dont certaines n'hésitent pas à faire des dons allant jusqu'à 10.000 $. Cette "refondation" est essentielle pour la chaîne. En effet, si le but des 50000$ n'est pas atteint, la station risque de ne plus émettre ou de devenir une chaîne commerciale qui diffusera des programmes comme les autres. Fini les émissions dédiées à la découvertes des jeunes lions du jazz, les news & notes où l'on parle démocratie en écoutant Wynton Marsalis, le Vanguard Jazz Orchestra ou le SF Jazz Collective. Bref, le risque est énorme. Il en va de la survie d'une culture qui a traversée le siècle et se poursuit : chaque mois WNCU passe une quantité de nouveautés, preuve s'il en est besoin, que le jazz est une culture extraordinairement vivante et dont on n'a pas fini d'explorer les ressources créatives. Et cette fois, crise des subprime et inflation oblige, la somme récoltée n'a pas dépassé les 70.000$.
Parce que j'écoute WNCU tous les jours et que j'ai envie que perdure cette radio, en bon auditeur, je donne

mon obole à chaque fois que je suis sollicité. Bien évidemment, je ne profite pas de la déduction fiscale, mais j'ai envie de pouvoir continuer à découvrir chaque mois les nouveaux talents qui entretiennent la flamme du swing et du bop. Aussi, je pense que cette méthode est encore la meilleure façon de subventionner la culture: les auditeurs payent pour la musique qu'ils ont envie d'entendre. Au moins il existe une véritable transparence dans le mode de financement, transparence qui tranche avec le mode de subvention que l'on a instauré dans notre pays, proclamé patrie des arts et des lettres. Ici les contribuables payent pour des compositeurs qui se cachent 6 pieds sous terre (l'IRCAM) ils payent pour des films et des pièces qu'ils ne vont jamais voir, et on les oblige à écouter leur quota de variété nationale....

Au moment où l'on parle de supprimer la publicité dans les chaînes publiques, cet exemple donne matière à réfléchir: en effet, on nous vend que le financement public est le seul moyen de conserver un niveau culturel élevé. Mais ce que l'on ne nous dit pas, c'est qu'une fois que l'impôt est acquitté, que la taxe est prélevée, on peut nous servir en échange la culture que l'on veut. Comme pour le Port-salut il suffit de l'estampiller pour nous faire croire qu'il s'agit de culture. Or si la culture est le reflet d'une civilisation, comment un produit qui sera financé indirectement pourra-t-il encore incarner l'âme de cette civilisation ? Ce n'est d'ailleurs un secret pour personne que l'art subventionné par l'Etat n'a bien souvent rien d'artistique. Je voudrais pour appuyer cette réflexion citer Raymond Ruyer qui, dans Eloge de la société de la consommation (Calmann-Lévy, 1970), résume bien le problème :

"Une culture établie, protégée, subventionnée, constituée en église ou en chapelle, vivant au dépens du public, risque fort de n’être qu’une fausse culture, comme le catholicisme de la Rome pontificale, aux siècles passés, n’était qu’une fausse religion (...) la culturolâtrie et son clergé tuent leurs dieux. La vraie culture, le vrai sport, l’art véritable, comme la vraie religion, est plus réellement démocratique. Elle est plus réellement et plus spontanément demandée, après satisfaction des besoins plus primaires de confort et de repos. Elle ne va pas de haut en bas, jusqu’au peuple, à partir de mystérieuse arcanes habitées par des grands prêtres (...) Si un peuple s’épuise à subventionner, contraint et forcé, des spécialistes culturels de tous genres, il aura de plus en plus besoin d’être dirigé, soigné, traité par des infirmiers qu’on lui aura fait largement payer d’avance. Et dans l’ordre de la culture, il n’aura même plus la force d’entendre leur langage raffiné; il retournera à l’inculture, comme les paysans du Moyen-Age à leurs superstitions préchrétiennes.

Ces lignes datent de 1970, mais elles sont d'une terrible actualité. En amateur de jazz, je regrette que l'Etat américain ne finance pas dans son intégralité WNCU, et je voudrais qu'il lui alloue suffisamment de crédits pour qu'elle puisse diffuser la musique que j'aime. Sauf qu'après réflexion, je me dis qu'une radio financée par l'Etat devient une radio d'Etat et les programmes qui y seront diffusés seront des programmes ....d'Etat. Je préfère donc encore jouer les mini-mécènes à mon niveau et aux côtés de ceux qui partagent la même passion que moi pour m'assurer que "ma culture", "notre culture" continue de vivre. Si un jour, elle meurt alors elle rentrera à tout jamais dans l'histoire et là alors on pourra comprendre à la rigueur que l'Etat s'occupe d'entretenir et de promouvoir sa mémoire, de même qu'il s'occupe de financer les Musée...

Mais rien ne saurait mieux illustrer mon propos que le fantastique A That's Freedom du VJO que je vous invite à écouter maintenant:

Téléchargement 01_athats_freedom.mp3

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Voici les sites qui parlent de 70.000 $ pour que vive WNCU:

Commentaires

Tout à fait d'accord avec toi Jean Paul.

Ce mode de financement de la culture est le plus juste et le plus souple. On nous rétorquera qu'ainsi nombre d'artistes seraient contraints d'arrêter, mais à contrario ce qu'on ne dit pas c'est que nombre d'artistes ne peuvent déployer leurs talents en ce pays. Croit-on vraiment que l'estampille intermittents, garantit la qualité ?
La qualité, même rare a sans doute d'autant besoin d'être soutenue, mais rien n'empêcherait que des artistes à diffusion confidentielle puissent l'être par une redistribution privée stricto-sensu entre pairs. Le fund raising décrit ici pourvoie encore mieux à cet objectif.

Pas besoin de politiques culturelles publiques. L'argent attribué à leurs administrations diminue de toutes façons ce que pourrait toucher les artistes et autres acteurs de la culture.

Mais plus avant, Le fund raising qu'utilise la WNCU, pourrait être étendu à d'autres domaines, d'autant plus facilement avec le net, et le peer to peer.

Qu'il s'agisse du financement des entreprises, de l'éducation, de la formation, de l'activité de prêt même, la plupart des activités humaines pourront de mieux en mieux avoir lieu en ce direct, sans intermédiaires obligés, étatiques.

Principe d'une subsidiarité ascendante, où je ne délègue rien à priori de ce que je peux exercer par moi-même, et où la délégation librement consentie, n'est jamais un abandon de souveraineté de l'individu. Principe d'une dynamique du réseau, qui ne s'infléchit pas en clans et pyramides.

Nul besoin là, d'un ministère de la culture, nul besoin que l'autorité se garantisse de la suprématie d'un pouvoir politico-religieux pour imposer ses vues,

Comme l'expose fort bien Raymond Ruyer, la subvention est le préalable à l'aliénation et à l'affaissement, quand le libre choix et y compris celui de ne point choisir et de ne rien placer là (à chacun de convaincre de sa nécessité), est le ferment d'une dynamique incessante et inventive.

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