Le rouge a la dent dure
Quand le regard a été longtemps exposé à une seule et même couleur, il lui faut un certain temps pour se débarrasser du voile laissé par celle-ci. Ainsi il en va des valeurs. Quand l'esprit a été longtemps exposé aux principes d'une idéologie, il finit par prendre ceux-ci pour des vérités d'évangile et ce qui relève du jugement de valeur s'impose comme une règle de logique. La visualisation de la dernière pub Perrier a provoqué chez moi une légère introspection et je me suis aperçu à quel point mon inconscient était marqué par les valeurs crypto-marxistes: ce en quoi, je reste français, bien que libéral et fier de l'être. Aussi, je voudrais maintenant effectuer une légère autocritique:
oui, je confesse qu'adolescent, j'ai lu sans remord le manifeste du
parti-communiste, quoiqu'avec un regard critique. Mais j'ai osé ! Alors
que je n'aurais jamais daigné lire Mein Kampf. Lieutenant en Pologne
lors de mon service militaire, j'ai demandé aux soldats polonais de me
donner toutes les breloques et les insignes de l'armée rouge qu'ils
avaient en leur possession pour ma collection. J'étais d'ailleurs assez
content d'avoir une pique à gâteau à l'éffigie de Lénine. Je ne l'aurai
jamais gardé s'il s'était agit du führer. Concepteur-rédacteur en
agence de publicité, je n'ai pas résisté, comme vous pouvez le
constater, à utiliser la photo de Mao pour promouvoir un petit guide
gourmand de couleur rouge: un argument supplémentaire pour dire que les
publicitaires tombent souvent dans la facilité, et la preuve flagrante
que, dans notre pays, "Le rouge a la dent dure". Au travers de tous ces
exemples, je critique le fait que je n'ai jamais eu la conscience du mal profond
que représentait le communisme, ce qui n'est pas normal, alors que je
l'avais parfaitement pour le nazisme, ce qui est normal. Le rouge a
donc la dent dure et les racines en sont très profonde chez tous les
Français. Jugez-en par vous même: cela fait moins d'une semaine que je
tiens le Q.G. d'A.L. sur Second-Life et
j'en suis déjà à mon quatrième troll. En tout et pour tout, je me suis
querellé avec deux grolandais (un groupuscule gauchiste), un L.O. et un
coco. Et à chaque fois, ces gens débitent les mêmes énormités: que
jusqu'à présent le vrai communisme n'a jamais été appliqué et que nous
ne perdons rien pour attendre, nous autres libéraux, fils de bourgeois
et de capitalo. Tous ces avatars qui fréquentent ce nouveau monde libre
de S.L. sont encore persuadés que l'humanité est prête à accepter une
nouvelle expérimentation grandeur nature. La question que je leur pose
et à laquelle ils ne savent pas répondre: mais pourquoi donc
n'essayez-vous pas de construire un état communiste au sein de SL: vous
verrez bien si les autres membres de S.L. veulent vous y rejoindre ou
non ! Tout cela prouve que, malgré les 100 millions de morts causés par
les différentes "tentatives communistes" de par le monde, au pays de
Zola, on n'est toujours pas persuadé que le rouge nuit gravement à
l'homme ! A un tel point qu'il est tabou de remettre en cause ce
système inventé par les communistes qu'est la sécurité sociale, que
l'on s'inquiète du fait que le parti communiste doive louer une partie
de ses locaux et que le gouvernement est prêt à faire un chèque à
l'Humanité, dès que celle-ci menace de faire faillite.
Et oui, le
rouge a le dent dure et malgré la victoire écrasante de la droite, la
débacle du PS, le faible score des candidats d'extrême gauche, on n'est
toujours pas assuré que la "gauche" se soit débarrassée de marx et de
Zola. N'était-ce pas d'ailleurs, le Président Sarkozy qui citait
Michelet l'autre jour dans son discours de Strasbourg ?
les communistes de Cahors ont de nouveaux locaux sur une route très fréquentée et ont tagué le portrait du Che. Une autre exemple où le mythe surpasse la réalité et où toute analyse est faussé par la omnipresence d' axiome faux.
Rédigé par: Frederic V | le 07/07/2007 à 11:14
Il est clair que chaque fois que le débat refait surface (publication d'un livre portant sur les nombreuses victimes du communisme, projet de condamner symboliquement les crimes communistes, etc...) on se heurte en France aux réticences d'une école de pensée.
Le coeur du problème, comme tu l'as bien vu, c'est la question suivante:
" il y aura toujours une différence entre celui qui s'engage en croyant à un idéal relié, par la réflexion, à l'espérance démocratique, et celui qui repose sur l'exclusion et qui fait appel aux pulsions les plus dangereuses de l'individu" signé: J.C. Colombani.
En gros, ce qui sauverait le communisme, ce serait les intentions... bonnes.
Moi aussi, il se trouve que j'ai lu le manifeste du parti du communisme. Moi aussi, avec un esprit critique. Tout y est. Y compris la résignation à la phase criminelle, qui se voulait certes temporaire (dictature du prolétariat).
Comment venir ensuite nous raconter que les crimes du communisme, la remise en cause des droits et libertés fondamentales ainsi que la suspension de la démocratie, ne sont pas inscrits dans les gènes du communisme. Est-ce un hasard si toutes les expériences quelquesoit le contexte (notamment géographique), l'époque, les données culturelles ou sociologiques, du communisme aient toujours données lieu à des crimes de masse et l'avènement du totalitarisme?
Et puis, l'arguement de l'intention me semble irrecevable, comme défense. Après tout, j'ai beau éprouver une profonde répulsion envers la propagande nazie, je suis convaincu que, si il y avait effectivement parmi les élites nazis de vrais monstres, le nazi moyen était convaincu lui aussi d'oeuvrer pour le bien de sa collectivité. De défendre au mieux les intérêts de sa famille, de ses enfants. De combattre pour ce qui était à ses yeux justes. Il était sans doute sincèrement convaincu que les juifs étaient mauvais, comme un militant d'Action Directe était convaincu qu'un patron bourgeois était forcément mauvais et pouvait donc l'abattre froidement comme un chien... Au fond, je ne crois pas au manichéisme. Il n'y a aucune raison de penser que le nazi moyen était moins sincère que le coco moyen (sinon pourquoi se seraient-ils aussi souvent sacrifiés?) mais ils étaient tous deux convaincus et endoctrinés par une idéologie criminelle et paranoïaque.
Je crois que la France paye ici la facture idéologique du compromis gaullien lors de la libération. Pour ne pas risquer une guerre civile, le grand Charles a figé la France dans la légende d'une France unie contre le mal absolu: le nazi. Le résistant coco et le résistant nationaliste se retrouvaient dans cette fable qui sauvait à la fois l'honneur de la France et l'unité de celle-ci. Le prix à payer: il a fallu avaler la propagande stalinienne selon laquelle l'URSS était du côté des alliés. Alors qu'en ancien allié de Hitler, elle était une partie du problème en ce quelle rendit impossible de libérer la moitié de l'Europe d'une emprise totalitaire.
Rédigé par: Bigstop | le 22/08/2007 à 16:01
Très juste ta remarque: il faudrait vérifier dans les livres d'histoire, mais il ne me semble pas que l'on raconte aux bacheliers français, qu'en 1942, le Grand Charles, comme tu dis s'est rendu en URSS pour pactiser avec Staline et s'entendre avec lui pour qu'une fois la libération, on ne laisse pas les anglo-saxons prendre le pouvoir sur le continent européen. Il fallait tout de même un sacré culot. Surtout quand en étant hébergé à Londres. D'ailleurs les anglais apprenant cette rencontre par le biais de leurs espions, ont gelé les crédits à DG pendant un certain temps, il me semble. Mais il y aurait encore beaucoup à dire.
Rédigé par: JPO | le 22/08/2007 à 16:59
Je dois bien avouer que je n'avais jamais entendu parler de ça. Ca ne veut naturellement pas dire que ce n'est pas vrai. D'ailleurs, je ne serais guère surpris.
Pour autant je me pose des questions.
En effet, quel aurait été l'intérêt d'une telle manigance? D'une part, qu'est-ce que charlie avait à y gagner? Tout le monde savait bien que de toutes manières, il était naturel pour l'URSS pour combattre de toutes ses forces l'influence anglo-saxonne en Europe.
Les seuls qui auraient eu quelquechose à y gagner, ce seraient les soviétiques... mais encore eut-il fallu que la France ait quelquechose à proposer... Or la France libre en 42 est un nain qui n'a aucunement les moyens de marchander.
Ou alors, on peut imagine que Charlie aurait demandé à l'URSS ne pas provoquer une tentative de putsch coco et de lui laisser le champ libre en cas de libération... mais qu'avait-il à proposer en échange?
Rédigé par: bigstop | le 23/08/2007 à 17:56
Slt Arnaud, désolé pour la réponse tardive. En fait, je ne retrouve pas les références qui pourraient t'en donner plus. En fait, j'avais été moi-même surpris par la révélation de cet épisode dont on n'entend jamais parler. Il s'agissait d'un article d'un historien polonais que j'ai lu dans le mag polonais Wprost il y a deux ans environ. Je ne pense pas que j'ai mal compris, car cela m'a tellement marqué que je me suis fait retraduire l'article pour être certain que je comprenais bien. Je regarderai tout de même dans mes archives papier pour voir si je remets la main sur l'article.
Rédigé par: JPO | le 27/08/2007 à 10:20