Ferrari rouge, brun et vert
Ca pourrait être la couleur de la carrosserie, celle de la sellerie et des écrans du tableau de bord. Mais malheureusement, on ne peut que rire jaune derrière cette accroche. Car vous l’aurez compris ce n’est pas ici de voiture qu’il s’agit, mais de politique et plus particulièrement de l’émission Dimanche +, en l’occurrence aujourd’hui Samedi +, lors de laquelle l’animatrice Laurence Ferrari a reçu Dominique Voinet, Marie-Georges Buffet et Jean-Marie Lepen. Au premier abord, on se dit que ces trois là n’ont rien en commun, à part se présenter au premier tour des élections présidentielles. Mais les hasards du CSA faisant parfois bien les choses et les associations d’idées allant bon train, j’ai cru saisir un point commun que certains prendront pour une caricature, alors que d’autres y verront une analogie effrayante. S’il est donc une deuxième similitude entre ces candidats, c’est bien que les courants de pensée qu’ils représentent ont pour ambition de faire de la politique au mépris des grands principes humanistes. Loin de mettre l’homme, au centre de leurs projets, ils se font un malin plaisir de cumuler les raisons d’écraser les individus ou de les diviser. Car quel place reste-t-il à ceux-ci quand ils doivent soumettre leur être à la toute puissance de la nature, de la communauté ou de la race ?
On devrait donc geler l’histoire des progrès de la technologie humaine, au nom de la préservation de l’environnement, empêcher la libéralisation des échanges entre les individus au nom de l’égalitarisme social, et enfin fermer les frontières et réprimer les étrangers présents sur le sol au nom de la préférence nationale. Respectivement, on trouve les moratoires de Voinet, les re-nationalisations et les taxes sur les super-profits de Buffet, et enfin, le “j’ai le droit de préférer les vieillards aux loubards” de Lepen. En tous les cas, on remarquera à chaque fois que ces candidats proposent un programme qui vise à priver l’homme de ses libertés et à en contrôler les mouvements: la protection de la nature, serait une raison suffisante pour mettre un terme à la croissance, la mondialisation en serait un deuxième pour privilégier la redistribution des richesses par rapport à leur création et la race, ou la nation, enfin, en serait un troisième pour discriminer les individus. Bien évidemment à chaque fois, on trouve un bouc-émissaire, qui est forcément l’autre: celui qui pollue, qui s’enrichit ou qui n’est pas de chez nous... Cet autre agit forcément au dépens d’autrui. L’Etat tient alors par la seule justification qu’il doit protéger les “bons” contre les “méchants”. On passe alors vite de la protection à la neutralisation puis à l’élimination.
Alors bien évidemment, on a du mal à imaginer les trois larrons précédemment évoqués à la tête d’une dictature et nous ne pouvons même pas les suspecter de vouloir une telle chose. Mais il est tout de même effrayant de penser que nous avons le record des votes attribués aux extrêmes en Europe et peut-être dans le monde, et que nous n’avons même pas de candidat libéral pour faire entendre la voix de l’humanisme. Seule dans ce concert François Bayrou semble s’élever pour proposer une piste qui n’est pas de diviser la nation en classe ou en race, mais cherche d’abord à les rassembler autour d’un projet commun. En espérant qu’il saura prendre le virage du premier tour comme il se doit.
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